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 LA PELLE PIOCHE

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Arminius von Teutoburg

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Messages : 419
Date d'inscription : 27/04/2015
Age : 65
Localisation : Île de France

MessageSujet: LA PELLE PIOCHE   Sam 25 Juil - 18:55

LA PELLE-PIOCHE








Très tôt, l’homme fouilla le sol pour y trouver de la nourriture, imitant en cela beaucoup d’animaux. Il s’aperçut rapidement du manque de force et de la faible capacité d’emport de sa main. Il chercha à y substituer d’autres moyens présentant des similitudes de formes mais, beaucoup plus puissants : pierres plates, grandes coquilles ou omoplates de grands mammifères. Un jour quelqu’un eut l’idée d’y lier un manche. La pelle était née.
Elle ne cessa de se perfectionner au cours des siècles, et à se spécialiser dans ses formes et usages.


Rapidement deux tendances s’imposèrent :
1. Outil d’excavation pour creuser le sol profondément afin d’exploiter les gisements de silex, d’argile et de métaux, ainsi que les différentes fosses servant de pièges pour la chasse et plus tard celles destinées aux sépultures.
2. Outil agricole pour préparer la terre aux semis. Pour cette destination, le mode de travail du sol étant différent, la pelle se transforma en bêche.
On reconnaît la pelle de la bêche par plusieurs différences. La pelle a un fer plus creux et plus large, mais surtout l’emmanchement se fait par une douille en col de cygne. Elle est essentiellement destinée à prendre et à déplacer des matériaux. La bêche sert à couper la terre et à la retourner.


Toutefois, elles peuvent indifféremment servir aux mêmes tâches, bien que leur emploi pour l’usage auquel elles n’ont pas été conçues soit malaisé.
Parallèlement à cette invention, l’homme eut aussi besoin d’un outil pour défoncer des sols trop durs pour être fouillés avec la pelle. Au début, il utilisa une pierre, une branche ou un os pointu, par la suite un bois de cervidé ou sa hache de pierre. Le pic était né.
Dans certains groupes ethniques, les haches étaient emmanchées avec leur tranchant perpendiculaire au manche, comme une herminette de charpentier, en réalité c’est là leur vrai nom. On peut encore en voir dans certaines tribus peu touchées par la civilisation. Les hommes utilisant ces herminettes pour défoncer le sol, constatèrent qu’ils pouvaient aussi enlever une certaine quantité de matériau. La pioche était née.


Par la suite on chercha à associer, avec plus ou moins de bonheur, le pic et la pioche, pour en arriver aux XIIIe et XIVe siècles, à une hybridation assez curieuse quoique certainement très efficace pour les travaux de défrichage : c’est la feuille de sauge. La sape des mineurs en est une variante moderne.
De nos jours, excepté pour certaines professions où l’on a conservé la forme spécialisée de l’outil, pic de mineur ou pioche de glaisier, il à été pris l’habitude de les combiner en un seul. C’est la pioche ou pic de terrassier, les deux appellations sont indifféremment admises.

Certains s’étonneront du nom de pelle-pioche que nous donnons à ce qu’ils ont coutume de nommer pelle-bêche. Cette appellation bien qu’erronée (nous avons vu pourquoi), vient que depuis ses origines les scouts se sont équipés grâce aux surplus des armées. Le scoutisme français est né au début des années 1920. Vainqueurs et vaincus de la guerre 1914-1918 ont laissé des quantités phénoménales de matériel de toutes sortes. Effectivement, l’outil de tranchée de ces soldats était une pelle-bêche du modèle Linnemann* (Pelle-bêche portative Mle 1879), appellation réglementaire sûrement donnée par un porte-stylo du Service de l’Intendance, pourtant cette dénomination est presque un pléonasme.
*Linnemann Mads Johan Buch (4 juin 1830–Copenhague, 24 juin 1889). Pelle conçue en 1867, brevetée en 1869.

Pelle Linnemann

Vingt-cinq ans plus tard et pour les mêmes raisons, on vit apparaître, sur les marchés de surplus, une nouvelle pelle. Celle-ci est, de surcroît, pliante et a été universellement copiée.
Beaucoup la nomment à tort : pelle U.S. bien que les Étasuniens n’en aient pas la paternité, mais les Allemands.




Elle commença à doter l’armée allemande, en petite quantité il est vrai, par ordonnance du 12 novembre 1938 en remplacement de l’ancien modèle. Il fallut attendre 1943 pour voir son apparition outre-atlantique. Si l’opinion a privilégié cette dernière c’est pour plusieurs raisons :
— la pelle allemande avait sa bague de serrage en bakélite, donc assez fragile ;
— elle a été construite en trop faible quantité ;
— en revanche, sa rivale américaine fut produite à des millions d’exemplaires et depuis, la production continu. Et l’opinion attribue une aura prestigieuse, pas toujours justifiée, au matériel des vainqueurs.
Cette nouvelle pelle a trois positions :
1. Pelle avec le fer dans le prolongement du manche.
2. Pioche avec le fer perpendiculaire au manche. Dans cette position on constate une ressemblance certaine avec la feuille de sauge et la sape. D’où cette appellation plus logique de pelle-pioche. Cette position permet également de l’utiliser comme siège à la manière des selles à traire des régions alpines.
3. Pliée pour le transport. À cet effet les modèles d’origine sont commercialisés avec un étui en toile.


CHOIX
Une bonne épaisseur d’acier pour le fer, ne pas descendre en dessous de 15/10 de mm.
S’assurer de la présence de la rondelle d’acier entre la bague de serrage et l’équerre de positionnement du fer.

Se méfier des systèmes à ressort pouvant remplacer la bague de serrage. En général ils sont totalement inefficaces, donc à rejeter sans hésitation.
Parfois, les nervures de rigidité sont une indication sur la qualité de l’acier employé. Il peut être trop doux, c’est-à-dire qu’il se tord facilement.


N. B. Les véritables pelles U. S. n'ont pas de nervures de rigidité.




Quand on peut voir comment les fibres du bois du manche sont orientées, il faut en choisir un aux fibres perpendiculaires au fer, de la sorte elles offriront une plus grande résistance à la rupture (cf. ill. 3e planche ci-dessus). Contrairement à la hachette, l’effort se fait sur le plan du fer.

Les mesures qui sont données sur les figures indiquent une moyenne. Elles peuvent subir quelques variations minimes, mais, il ne faut pas avoir un fer trop plat ni trop creux.
UTILISATION
Sans expliquer en détail comment utiliser une pelle, nous mettons, malgré tout, en garde contre son mauvais usage. À savoir, qu’il ne faut jamais faire levier, en particulier en position pioche, quand on rencontre un obstacle, pierre ou racine, c’est la meilleure technique pour casser le manche. Il vaut mieux dégager complètement la pierre ou couper la racine.



N. B. Lors du positionnement du fer en pelle ou en pioche, toujours visser à fond la bague de serrage.



ENTRETIEN
NETTOYAGE

Après chaque utilisation faire un nettoyage sommaire.

De retour chez soi ou au local, même après un bivouac, la nettoyer soigneusement avant de la ranger, en insistant particulièrement dans les coins, car la terre et la saleté s’y incrustent. Elles retiennent l’humidité, ce qui favorise l’oxydation.
GRAISSAGE
Il se fait, même par dessus la peinture, sur toutes les parties métalliques, après chaque nettoyage à fond et avant rangement.
HUILAGE
Huiler régulièrement l’intérieur de la bague de serrage (ou écrou moleté). Si de la terre amalgamée à l’huile vient à la bloquer, plonger la pelle, fer en bas, deux ou trois minutes dans de l’eau très chaude ou bouillante pour faire fondre la graisse ou l’huile. Elle se désolidarisera de la terre puis, on serre et desserre plusieurs fois la bague de serrage pour éliminer la terre.
AFFÛTAGE
La pelle est affûtée pour pouvoir couper les petites racines gênantes sans avoir à se servir de la hachette, afin de ne pas ébrécher le tranchant de celle-ci sur les cailloux se trouvant dans le sol. Un affûtage fin, comparable aux outils de coupe, est inutile.


TRANSPORT
Pour le transport et sa protection, le commerce propose des étuis spéciaux pour une dizaine d'euros.



SÉCURITÉ
La pelle n’a certes pas d’équivalent guerrier comme la hache, mais cet outil peut se révéler tout aussi dangereux et provoquer des blessures aussi importantes.
Ne l’utiliser que pour les usages auxquels elle est destinée.
Ne pas la laisser traîner n’importe où, surtout en position pioche.


Dans les films « Tarte à la crème » ou dans les dessins animés, nous avons tous ri de la mésaventure du personnage distrait qui marche sur les dents d’un râteau et qui se prend le manche dans la figure. La victime n’apprécie pas beaucoup en général. Il y a peu de chance d’être touché au visage avec la pelle évoquée, sauf si on marche à quatre pattes, mais les tibias peuvent en souffrir.
Plus grave encore serait de chuter sur le fer dressé.



AUTRES PELLES
Depuis la fin des années 1960, on trouve dans le commerce un dérivé de la pelle pliante. Ce nouveau modèle (US M-67) a la particularité de se plier en trois segments, réduisant l’encombrement aux dimensions du fer dont les côtés gauches sont dentelés. Son étui en caoutchouc néoprène est d’un entretien simplifié, de l’eau et une éponge suffisent. Il en existe aussi en toile.
Avantages :
— encombrement réduit, permettant le transport dans le sac à dos ;
— manche métallique, donc plus solide en théorie.



Inconvénients :
— à cause de la poignée en bout de manche l’utilisation en position pioche est moins performante et la tenue peu confortable ;
— malgré sa plus grande robustesse le manche métallique est d’un usage peu pratique par très grand froid ;
— la mise en œuvre de la pelle (pliage et dépliage), demande de l’attention.
*
*  *


L’emport de la pelle pour les activités de plein air est trop souvent négligé. L’habitude a été prise de n’emporter que les hachettes, qui sommes-toutes servent assez peu ; en effet, le ramassage du bois satisfait amplement à l’alimentation des feux.
En revanche, la possession d’une pelle fait, souvent cruellement, défaut pour creuser les fossés d’écoulement des eaux de pluie autour de la tente, les trous à détritus, les trous à feux, leur camouflage et pour l’hygiène du lieu de cantonnement.
Nous avons tous été victimes de ces laissées malodorantes abandonnées sans vergogne par certains promeneurs peu civils. Là aussi, la pelle a son rôle à jouer.
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